Interview with French playwright Karin Serres/Une interview de l'autrice de théâtre française Karin Serres'

Write local. Play Global. was able to charm busy French playwright/director/translator Karin Serres into finding a few free moments to answer some questions, answers that she is sharing with her fellow playwrights.

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Write Local. Play Global. à réussi a persuader Karin Serres, autrice de théâtre, metteuse en scène et décoratrice française bien occupée, de trouver un peu de temps libre pour répondre à quelques questions. Elle partage ici ses réponses avec ses collègues auteurs et autrices de théâtre.

This interview conducted in French is all translated into English as well.  Cette interview menée en français est aussi intégralement traduite en anglais.

WLPG: Was there something in particular that motivated you to start writing for young audiences?

KARIN: At first, chance (or luck): although not written especially for youth, my first play (“Katak”) found producers in that field. That’s how I experienced my first young audience as a playwright. “Katak” is a story of love and fighting between Neanderthal and Cro-Magnon tribes, during prehistory. There, in the darkness of the theatre, the thrilled response of the young crowd was so warm and immediate around me that I decided to try it again, but now on purpose. So I wrote my second play for ages 10+, “Ferdinande from the Abyss”, a musical, and then other plays that were more realistic, often based on a family, with always this tiny grain of sand that questions established order. Today, at least half of my plays are especially dedicated to children or teenagers. I can’t live a year without working for them. Each time I begin to write a new play, I hope it will be possible to aim it for teenagers and/or children. Sometimes, it’s not.

WLPG: Est-ce une raison particulière qui a déclenché votre écriture pour la jeunesse ?

KARIN: Au tout début, c’est le hasard (la chance !) ; bien qu’elle n’ait pas été écrite spécialement pour la jeunesse, ma première pièce (“Katak”) a été produite dans ce champ-là. Ça a été ma première expérience du public jeune en tant qu’autrice. “Katak” est une histoire d’amour et de combats entre une tribu Néanderthal et une tribu Cro-magnon, à la préhistoire. Là, dans l’obscurité du théâtre, la foule jeune et tendue était si chaleureuse et réactive que j’ai décidé de recommencer, mais sciemment. J’ai donc écrit ma seconde pièce pour plus de 10 ans, “Ferdinande des abysses”, puis des pièces plus réalistes, souvent centrées sur une famille, avec toujours ce minuscule grain de sable qui questionne l’ordre établi. Aujourd’hui, au moins la moitié de mes pièces s’adresse à un public enfant ou adolescent. Je ne peux passer une saison sans écrire pour elles et eux. Chaque fois que je commence une nouvelle pièce, j’espère qu’elle pourra s’adresser aux enfants et/ou aux adolescent/e/s. Parfois, ce n’est pas possible.

WLPG: Is there a production, playwright, or theatre company that has been influential on your work?

KARIN: I’ve been lucky to jump in this field when creating for youth in France was at a high level, full of invention, quite free and respected. My plays were staged and edited. I’ve been invited to great creative theatres where we did lots of artistic workshops and common research, but often without text. So, with Françoise Pillet and Dominique Paquet, we created the Coq Cig Gru, a genuine collective of playwrights who travelled for five years all around France to lead free-style writing experiences, always in connection with both young and adult audiences. That built my way of working and bound forever my plays with their future audience.   Then, all the professionals who worked on my plays helped me to improve my writing, to trust their intuition, to open my horizons.  And, as a playwright, I’m also always fed by all the plays (and poetry, manga, novels as well ).  Right now I’m reading Jon Fosse’s plays.

WLPG: Y a-t-il un spectacle, un auteur ou une compagnie théâtrale qui a eu une grande influence sur votre travail ?

KARIN: J’ai eu la chance d’atterrir dans ce domaine à une époque où la création pour la jeunesse en France était de haut niveau, pleine d’inventivité, vraiment libre et bien considérée. Mes pièces ont été crées et publiées. J’ai été invitée dans de grands centres de création, où nous faisions beaucoup de workshops artistiques, mais souvent sans texte. Alors, avec Françoise Pillet et Dominique Paquet, nous avons créé les Coq Cig Gru, un collectif original d’écrivaines qui a voyagé pendant plus de 5 ans à travers la France pour mener des expériences theâtrales d’écriture expérimentales sans filet, toujours en relation avec un public jeune et adulte. C’est ce qui a construit ma façon de travailler et a relié pour toujours l’écriture de mes pièces avec leur futur public.  Ensuite, tous les professionnels qui ont travaillé sur mes pièces m’int aidée à améliorer mon écriture, à faire confiance à leur intuition, à élargir mon horizon. En tant qu’écrivaine de théâtre, je suis aussi continuellement nourrie par toutes les pièces (mais aussi la poésie, les mangas, les romans) que je lis, comme en ce moment les pièces de Jon Fosse.

WLPG:  Why is it important to write for children and young people?

KARIN: Because they’re a large part of our society. How could we avoid such a high percentage? It’s a question of writing for each human being, regardless of any category.

Because often the performance they attend is their first experience with the theatre, so I feel responsible for their future relationship with theatre.

Because I believe in our responsibility, as adults, in helping young people to feel and to face their own emotions and thoughts. Theatre is one of the better places to do that. 

Because it’s a great way to say to them: hey, do pay attention to the stories growing in your mind, that’s what I’m doing every day and believe me, it’s awesome.

Because I think it’s so exciting - always a challenge, an invitation to strangers you’re waiting for at your table. Or a bridge you’ve built, and you’re waiting for them to cross the water.

WLPG: Pourquoi est-ce important d’écrire pour les enfants et les adolescents ?

KARIN:  Parce qu’ils sont une grande partie de notre société. Comment pourrions-nous éviter un tel pourcentage de nous-mêmes ? C’est une question d’écriture pour tout être humain, hors catégories.

Parce que souvent le spectacle auquel ils assistent est leur première rencontre avec le théâtre, alors je me sens responsable de leur future relation avec le théâtre.

Parce que je crois qu’en tant qu’adultes, nous devons aider les jeunes gens à ressentir et à faire face à leurs émotions et pensées propres. Le théâtre est l’un des meilleurs endroits pour ce faire.

Parce que c’est une façon formidable de leur dire : eh, faites bien attention aux histoires qui poussent dans votre tête, c’est ce que je fais tous les jours et, croyez-moi, c’est génial.

Parce que c’est si excitant, chaque fois un défi : une invitation  d’étrangers à votre table. Ou un pont que vous avez construit, et vous  attendez qu’ils traversent la mer

WLPG: What is your typical writing process?

KARIN: My plays begin with voices, but I don’t know to whom they belong. Listening to them carefully, I’m writing it down, precisely, again and again. Gradually, the new play gets out of the smog. I like this long journey inside me until I reach the complete story. What is it made of? Thousands of tiny, real sensorial details, I guess, mixing themselves inside me to give fiction.   I get commissions as well. The challenge then is to find within their frame good soil where to make a new play grow.  What I prefer is what we call ‘residency’:  commissions to write on site, in some specific place that will inspire your writing. Working like that feeds me so much, and I like listening to the associated audiences, schoolgroups and others.  I’m also working with some companies together from scratch, but so far it’s still rare in France.

WLPG: Quel est votre processus d’écriture habituel ?

KARIN: Mes pièces commencent par des voix dont je ne sais même pas à qui elles appartiennent. Je les écoute attentivement, j’essaie de les transcrire avec précision et peu à peu, la nouvelle pièce sort du brouillard. J’aime ce long voyage jusqu’à ce que l’histoire soit complète. De quoi est elle faite ? Des milliers de minuscules détails sensoriels, j’imagine, qui se mélangent à l’intérieur de moi pour produire de la fiction. Je reçois aussi des commandes d’écriture. Le défi, c’est alors de trouver dans leur cadre un bon terrain où faire pousser une nouvelle pièce.  Ce que je préfère, c’est ce que nous appelons « résidences » : des commandes à écrire sur place, quelque part, dans un lieu qui va inspirer votre écriture. Ce type de travail me nourrit énormément et j’aime écouter les personnes associées au projet, groupes scolaires et autres.

Je travaille aussi avec certaines compagnies, ensemble, dès l’origine d’un projet, mais c’est encore très rare en France.

WLPG: Are there any real difference between writing for young audiences and writing for adult audiences?

KARIN: Yes, there are.

1) Dark feelings are part of our life, and possibly parts of a play for young audiences, but I refuse to give to children too dark a vision of humanity. There must be hope somewhere.

2) More than for adults, I never end a play definitively: I wish each of them to pursue the story on their own way.

3) It’s much more difficult to write for children or teenagers because when they’re bored, they sleep, talk, shout or find their way out. We have to work at our best when we’re working for them.

4) Sometimes, the stage effects are so powerful that children can have bad taste and love crap. It’s our duty as playwrights to raise the level.

5) Last but not least: writing for teenagers opens my mind to different cultural habits, calls to my ears, increases my rhythmic skills, expands my adult horizons, and I love that.

WLPG:  Y a-t’il une vraie différence entre l’écriture pour le jeune public et l’écriture pour le public adultes ?

KARIN:  Oui, il y en a.

1) Les émotions négatives font partie de nos vies et potentiellement partie d’une pièce pour la jeunesse, mais je me refuse à donner aux enfants une vision trop noire de l’humanité. Il doit y avoir un peu d’espoir quelque part.

2) Plus encore que pour des adultes, je ne ferme jamais la fin d’une pièce, pour que chacun puisse poursuivre l’histoire dans sa tête, à sa façon.

3) C’est beaucoup plus difficile d’écrire pour les enfants ou les adolescents parce quand ils s’ennuient, ils dorment, parlent, crient ou sortent. Nous devons vraiment travailler de notre mieux quand c’est pour eux.

4) Parfois, la force du théâtre est si grande que les enfants peuvent avoir vraiment mauvais goût et aimer des spectacles bêtifiants. C’est à nous, les auteurs et autrices, d’élever le niveau.

5) Enfin : écrire pour les adolescents ouvre mon esprit à d’autres habitudes culturelles, sollicite mes oreilles, améliore mon sens du rythme, élargit mon horizon d’adulte et j’adore ça.

WLPG:  Is there something about French playwriting for children and young people that is notable?

KARIN: We French people value the language more than the story, even more in theatre. So if you pay attention to it, you’ll enjoy its richness and diversity.  In France, the distance between real life and theatre performance belongs to the writing time. That’s the reason why French directors often stick to the text: they don’t need to make other steps towards the fiction, but to give the play life on stage.   Lots of French professionals are reading contemporary theatre apart from their own creations. So we playwrights are very used to send our plays (and translations) directly to people who ask for them (there are not many agents). Do not hesitate to do so.  It’s a good time to dive into French playwriting for youth: it’s vivid and enthusiastic. You will find lots of great playwrights for both children and teenagers, with totally different worlds and ways of playwriting.

WLPG:  Que faut-il savoir à propos des écritures théâtrales françaises pour enfants et adolescents ?

KARIN: Nous, les auteurs et autrices, nous accordons plus d’attention à la langue qu’à l’histoire, plus encore au théâtre. Si vous y faites attention, vous pourrez savourer sa richesse et sa diversité.

En France, la distance entre réalité et spectacle relève du temps d’écriture. C’est pourquoi souvent les metteurs et metteuses en scène français/es collent au texte : ils n’ont pas besoin de faire un pas de plus vers la fiction, mais de donner vie à la pièce sur scène. De nombreux professionnels français lisent le théâtre contemporain séparément des créations. C’est pourquoi, nous, les auteurs et autrices, nous avons l’habitude d’envoyer nos pièces (et leurs traductions) directement à qui les demande (il y a peu d’agents ici). Donc : n’hésitez pas à demander ! C’est une bonne époque pour plonger dans le théâtre contemporain français pour la jeunesse : il est vivant et enthousiaste. Vous trouverez beaucoup d’auteurs et d’autrices pour enfants comme pour adolecents, avec autant d’univers et de styles d’écriture complètement différents.

WLPG:  And, in the hopes of provoking some discussion:  What question would you like to ask your fellow playwrights making plays for young audiences?

KARIN: Don’t you think that today, children and teenagers deserve the same free theatre as we adults, meaning: focused on emotions, enjoying the story and the human characters, free of any educational aims?

WLPG:  Et, dans l’espoir de provoquer la discussion : quelle question voudriez-vous poser à vos collègues écrivains de théâtre pour les publics jeunes ?

KARIN: Ne pensez-vous pas qu’aujourd’hui, les enfants et les adolescents ont droit au même théâtre libre que les adultes, c’est à dire : centré sur les émotions, le plaisir de la fiction et des personnages humains, libre de toute visée éducative ?

WLPG: Please click on 'post a comment' (below) to respond to Karin's question, in either French or English:

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